ARDENNES

ARDENNES

Les Ardennes (ou l’Ardenne) se délimitent relativement facilement par des caractères originaux, notamment le relief (c’est un plateau élevé) et la forêt. Elles forment un triangle dont l’une des pointes se situe, à l’ouest, entre Maubeuge et Hirson; le côté nord est formé par les vallées alignées, orientées sud-ouest - nord-est, de la Sambre et de la Meuse (Charleroi, Namur, Liège), c’est le «sillon» que l’on n’inclut pas dans les Ardennes; le côté sud est jalonné par Charleville-Mézières, Sedan, Florenville, Diekirch. À l’est, au-delà de la frontière allemande, les hauteurs se prolongent sous le nom de Massif schisteux rhénan. Elles s’étendent, d’ouest en est, sur quelque 180 kilomètres et, dans leur plus grande largeur, sur une centaine de kilomètres. Localement, la population réserve ce nom à la seule partie sud de cet ensemble, que l’on appellera «Ardenne au sens strict», ainsi qu’à une étroite bordure au nord, la «Petite Ardenne».

Malgré de grandes variétés régionales, les Ardennes ont des caractères originaux très marqués au sein de l’Europe du Nord-Ouest et même au sein de la Wallonie, en Belgique.

Caractères originaux

Un relief

Les Ardennes constituent d’abord un relief qui s’élève de 300 mètres à l’ouest à près de 700 mètres au nord-est; souvent, c’est un plateau aux vallées fortement encaissées. On y trouve beaucoup d’arbres et de forêts (65 p. 100 de la valeur ajoutée forestière belge), l’«immense forêt de petits chênes» de Michelet, devenue maintenant forêt de résineux; sur les plus hauts plateaux, les résineux n’ont pas remplacé partout les fagnes aux tourbières couvertes de sphaignes. Les Ardennes sont, pour l’essentiel, occupées par le bassin de la Meuse avec la Lesse, l’Ourthe, l’Amblève, la Semois; l’Est appartient au bassin de la Moselle; au sud-ouest, l’Oise prend sa source. Ces vallées, fréquemment très encaissées, décrivent des méandres, et leurs grands versants sont un des plus beaux attraits de cette région. La Meuse traverse ces hauteurs du sud au nord, posant ainsi problème aux géomorphologues.

La faiblesse du peuplement

Avec des densités de l’ordre de 20 à 50, ces hauteurs forment une tache claire au milieu des fortes densités de l’Europe du Nord-Ouest. La région a le revenu le plus faible de toutes les régions belges ou grand-ducales; les Ardennes belges ne produisent que 3,1 p. 100 de la valeur ajoutée belge. Le taux de natalité est plus élevé que le taux de mortalité, et cependant, la population diminue depuis le milieu du XIXe siècle car c’est une région d’émigration. Toutefois, la population a, depuis peu, augmenté légèrement, au sud du «sillon», le long de l’axe Namur-Arlon et dans la partie grand-ducale, en raison du retour des urbains dans les campagnes. La population a aussi l’originalité d’être restée catholique dans une Wallonie socialiste et anticléricale. À part une petite partie en Belgique et la partie grand-ducale où l’on parle un dialecte germanique, la région est francophone et un dialecte wallon s’y est maintenu plus qu’ailleurs.

Une activité essentiellement agricole

L’activité est essentiellement agricole, bien que les forêts ou les terres incultes ne laissent à l’agriculture que de 30 à 50 p. 100 des superficies. L’herbe occupe toujours plus de place que les labours (moins dans le Condroz), et les cultures sont surtout destinées à l’élevage: à côté du blé et de la betterave à sucre, on trouve de l’orge et du maïs-fourrage. L’élevage, activité principale, est un élevage de bovins pour le lait et pour la viande. Ni les sols ni le climat ne sont très propices. Les sols sont peu épais, souvent caillouteux en raison des pentes; la roche mère est siliceuse, et l’on ne trouve guère de bons sols qu’en certains points du Condroz. Sur les parties planes, le drainage est difficile. Le climat est sévère, et à l’altitude s’ajoute une teinte de continentalité; la température moyenne annuelle est de 7 à 8 0C; à Bastogne (520 m), la moyenne du mois le plus froid est 0,6 0C et il y a cent quinze jours de gelée par an; la neige peut demeurer quatre-vingts jours en haute Ardenne; la hauteur des pluies passe de 900 millimètres à l’ouest à 1 700 millimètres sur les points les plus hauts à l’est. Ce système de culture est apparu au milieu du XIXe siècle, grâce aux communications et aux amendements; auparavant, on pratiquait une agriculture extensive de seigle, d’avoine et de pommes de terre avec essartage de la forêt et jachère de quatre à cinq ans; un dixième seulement du sol était en culture. C’est aussi au XIXe siècle que l’on a boisé les fagnes. Les fermes, solidement construites avec les roches locales, sont groupées en villages relativement petits.

Les activités industrielles

Les activités industrielles sont presque absentes: de rares industries extractives (calcaire, marbre, sable), quelques industries agroalimentaires (lait, beurre, jambon, bière) ou métalliques, des industries du bois, de la papeterie. Très peu d’industries récentes: on cite L’Oréal à Libramont. Or l’industrie était présente en Ardenne: celle du cuir, grâce au tanin des chênes; celles du fer – il y avait du minerai dans des poches –, de l’eau et du bois; ne restent que des lieux-dits comme la Ferrière, la Forge, ou des traces de moulins. Le long de la Meuse, on travaillait les métaux, comme le cuivre avec les dinanderies, et l’orfèvrerie y fut célèbre. Le fer s’est déplacé vers l’axe de circulation et le charbon du sillon Sambre-Meuse; les carrières (sable, kaolin, terres plastiques, calcaires, marbres, grès, schistes) ont presque disparu. La région est restée trop à l’écart des axes de circulation. Les Ardennes sont un immense et précieux réservoir d’eau, mais peu propice à la production d’électricité quoiqu’on ait installé des lacs sur le plateau pour des centrales de pompage; cette eau est très convoitée par les bas pays situés au nord, qui en sont les consommateurs.

Un tertiaire peu développé

Les services sont réduits en milieu rural. Le tourisme, cependant, apporte des ressources nouvelles; les Ardennes offrent un coin de verdure et de beaux paysages dans une Europe du Nord-Ouest très peuplée, potentiel de clientèle: des vallées encaissées avec les grands versants boisés des grès ou les versants abrupts des calcaires; les forêts, les fagnes impressionnantes, de beaux paysages d’herbe et d’arbres; des grottes célèbres (Han, Rochefort, Dinant, Remouchamps); des eaux thermales (Chaudfontaine, Spa et son casino et, à côté, le circuit automobile de Francorchamps); de jolis châteaux; des abbayes (Clervaux, Chimay, Orval); des sites évoquant des souvenirs de guerre (Rocroi, Bouillon, Bastogne); de petites villes historiques et vivantes (Dinant); des rivières et des lacs; sans oublier la gastronomie: truites, anguilles, jambons, bière, etc. L’équipement touristique de la Belgique et du Grand-Duché est très important: six millions de nuitées par an. Ce tourisme pourrait être plus développé; attirant essentiellement des voisins – Belges, Néerlandais ou Allemands –, il souffre de la concurrence des pays du soleil; il est vrai que l’humidité est, parfois, trop présente.

Un obstacle

Avec leurs reliefs boisés, les Ardennes constituent un obstacle au milieu des régions à forte circulation de l’Europe du Nord-Ouest. Elles ont souvent fait obstacle aux mouvements des troupes, mais les derniers conflits franco-allemands ont montré que l’on pouvait les franchir ou essayer de le faire en jouant de l’effet de surprise. Durant le haut Moyen Âge, l’axe mosan a donné naissance à une civilisation brillante, et, dans les années 1960, les Liégeois ont caressé l’espoir de faire revivre cet axe.

Il a fallu attendre les années 1980 pour que trois autoroutes les traversent du nord au sud: (Bruxelles)-Namur-Luxembourg, qui relie les capitales européennes, Liège-Luxembourg et Verviers-Trèves. Désormais, faute d’autoroute française, on va de Lille en Lorraine française par l’autoroute qui traverse l’Ardenne belge! Le développement du réseau autoroutier favorise le tourisme et entraîne une légère extension de l’habitat, mais il n’a guère eu d’autres incidences sur l’essor de la région.

Une absence de grandes villes

Il n’y a pas de grande ville dans les Ardennes; les agglomérations se trouvent en bordure: Charleroi, Namur, Liège, Luxembourg, Charleville-Mézières; les petites villes de cinq mille à dix mille habitants sont des centres locaux de services, souvent des centres touristiques pleins de charme.

Variétés régionales

Les Ardennes appartiennent à trois pays, ce qui introduit déjà de sérieuses différences, mais cela ne concerne que la partie méridionale, l’Ardenne au sens strict. En fait, paysages et autres aspects correspondent aux grandes unités géomorphologiques.

L’Ardenne au sens strict

C’est la région où les altitudes sont les plus élevées, passant de 350 ou 400 mètres à l’ouest, au plateau de Rocroi, à près de 700 mètres à l’est, dans les Hautes-Fagnes (674 m à la Baraque Michel, 694 m au Signal de Botrange ou encore 652 m au Plateau des Tailles, à la Baraque Fraiture). Elle correspond à la partie la plus soulevée où affleurent les roches les plus anciennes, les plus dures, dépourvues de calcaire: grès, quartzites, phyllades.

C’est également la partie la plus boisée: des forêts de chênes et de hêtres, d’épicéas ou de mélèzes couvrent, par endroits, les deux tiers de la surface. Dans la partie centrale, l’herbe occupe un peu plus de la moitié de la superficie cultivée. Altitudes, pentes et sols ne sont guère favorables. Les densités y sont les plus faibles: de 25 à 30, montant rarement à 50. Les villages sont denses et de petite taille. La ferme n’a qu’un seul bâtiment, carré, en grès couvert de schistes avec, à l’étage, le fenil pour la nourriture des bêtes, qui restent parfois durant les cinq ou six mois de saison froide à l’étable. La superficie des exploitations est de l’ordre de 20 hectares et plus, et le système du faire-valoir direct prédomine.

À l’ouest, dans la partie française, le plateau de Rocroi offre à l’agriculture des conditions difficiles; la vallée de la Meuse fait une somptueuse entaille, jalonnée de petites villes où s’était développée l’industrie: fonderies, poêles, matériel sanitaire, électro-ménager, comme Fumay ou Revin; ces industries ont souffert. La partie belge n’est pas non plus dans une situation favorable: les grands axes autoroutiers datent des années 1980 et n’ont pas encore eu beaucoup de retombées sur le plan économique, en dehors de l’habitat; mais le tourisme y est très développé. Au sud-est, la partie grand-ducale s’appelle l’Ösling, par opposition à la moitié sud du Luxembourg: le Gutland, le «bon pays»; ici, l’agriculture a été protégée par le gouvernement, les sols ont été enrichis par les scories de la sidérurgie, et les plateaux, cultivés, avec leurs villages aux maisons blanches font contraste avec des versants boisés particulièrement importants. Le tourisme, grâce à l’implantation de résidences secondaires ou même principales, a de bons atouts, et la population augmente.

La Famenne et la Fagne

Les couches géologiques affleurent en bandes orientées ouest-sud-ouest - est-nord-est, et ce sont elles qui règlent la succession des régions. Au nord de l’Ardenne au sens strict, la Famenne et la Fagne forment un creux de 200 mètres d’altitude, en raison de la présence de schistes plus tendres, au milieu desquels des grès érigent quelques hauteurs. Il y a moins de bois qu’en Ardenne au sens strict: le pourcentage en herbe représente entre 65 et 85 p. 100 de la superficie cultivée; les densités sont un peu plus élevées: de 30 à 50; les exploitations sont un peu plus grandes, 30 hectares et plus, et, comme en Ardenne, près des trois quarts des exploitations sont en faire-valoir direct.

Dans cette région humide, la circulation est difficile; il n’existe pas d’axe ouest-est longitudinal, mais au sud, entre Famenne-Fagne et Ardenne au sens strict, un affleurement de calcaires forme une «banquette», axe de circulation entre la région humide au nord et les reliefs boisés au sud. La vallée de la Meuse coupe cet axe, et la frontière française s’avance jusque-là par le «doigt de gant de Givet» pour verrouiller le passage à Givet.

Le Condroz

Relief et paysages sont très caractéristiques: des hauteurs étroites et rectilignes, orientées ouest-sud-ouest - est-nord-est, s’allongent sur des dizaines de kilomètres; on les appelle «tiges» (nom masculin); ces tiges dominent des creux de quelque 50 mètres. La route nord-sud suit les courbes du relief... Des plis qui se chevauchent font alterner des grès micacés (psammites), responsables des hauteurs, et des calcaires qui forment les creux et qui sont recouverts de sables et d’argiles de décomposition mélangés à des limons. Les sommets des tiges sont à des altitudes assez uniformes, de l’ordre de 300 mètres. Les tiges sont recouverts de bois sur les hauteurs et sur le versant orienté au nord, tandis que les creux sont cultivés et que les villages s’alignent au pied des versants tournés vers le sud. Les sols de ces creux et de ces pieds de versant sont meilleurs, c’est pourquoi les terres cultivées occupent ici plus de la moitié de la surface, et la superficie en herbe est à peine supérieure à celle des terres labourées: de 45 à 65 p. 100; toutefois, l’élevage reste l’activité principale: les terres labourées sont surtout consacrées à la nourriture du bétail, mais on cultive aussi du blé et de la betterave à sucre. Les exploitations sont parmi les plus étendues de Belgique; beaucoup dépassent 100 hectares et, dans ce cas, la ferme est généralement isolée du village; la terre est possédée par une aristocratie qui habite des châteaux et, naturellement, le faire-valoir indirect prédomine. La maison-bloc ardennaise fait place dans le nord à une ferme à cour fermée. L’industrie est très limitée, mais le tourisme est actif; il profite notamment de belles vallées comme celle de l’Ourthe, à Durbuy. La densité est plus forte: de 50 à 80; elle atteint même 150 près des villes du sillon Sambre-Meuse, tout proche, dont la population vient habiter de façon permanente ou dans des résidences secondaires les agréables paysages condrusiens.

La Petite Ardenne

En bordure du «sillon», sur sa rive droite, les altitudes remontent un peu et, surtout, la forêt reprend une place très importante. C’est que les roches anciennes et dures qui font les hauteurs de l’Ardenne au sens strict affleurent encore ici. À l’inverse du «sillon», occupé par les villes et les industries, on y trouve des espaces agréables utilisés par l’habitat ou des activités de conversion.

Ardennes
dép. franç.: 5 229 km²; 296 357 hab.; ch.-l. Charleville-Mézières (59 439 hab.). V. Champagne-Ardenne (Rég.).
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Ardenne (l') ou Ardennes (les)
région naturelle (dont le nom celte signifie "les chênes") qui couvre le S.-E. de la Belgique, la moitié N. du Luxembourg et le N. du département français des Ardennes. Le massif hercynien du primaire (grès et schistes) a été raboté par l'érosion, et les rivières (Meuse et affluents de la Moselle) y ont incrusté leurs méandres. Le sommet le plus élevé est le signal de Botrange (694 m), point culminant de la Belgique. Le plateau est couvert de bois et de tourbières (fagnes). Le climat est rude. L'économie du pays est surtout pastorale et forestière. Au Moyen âge, de nombreuses abbayes furent fondées en Ardenne. Le XVIe s. vit la création de villes fortifiées, notam. Sedan (France), Dinant, Rocroi (Belgique). Formant une ceinture autour du massif ardennais, refuge de pillards, elles étaient destinées à protéger les régions environnantes. Au XIXe s., la révolution industrielle a doté plusieurs villes (dans la vallée de la Meuse, notam.) d'usines métallurgiques. Auj., le tourisme constitue une ressource import. à côté de l'élevage et de l'exploitation forestière.
En mai 1940, les blindés de von Kleist y percèrent le front français. En déc. 1944, une contre-offensive allemande y fut stoppée par les Américains (notam. à Bastogne).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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